Groupe de travail : « que faire avec les projets labellisés d’AMU ? »

Groupe de travail : « que faire avec les projets labellisés d’AMU ? » (1ère séance de travail : 6 mai, 13h30-16h30, ALLSH, bureau BR05)

Élève modèle des campagnes successives d’appels à projets visant à labelliser notre université comme site d’excellence (IDEX, Instituts, NCU…), notre université répond aujourd’hui aux canons de la « politique de site », qui visait à faire émerger « 5 à 10 pôles pluridisciplinaires d’excellence d’enseignement supérieur et de recherche de rang mondial […] sous la forme de regroupements territorialement cohérents […] et en partenariat avec les entreprises » (appel à projet IDEX, 2010).

Face à cette succession d’appels à projets qui sont déjà en train de restructurer, le  plus souvent sans que les équipes aient aucunement la main sur les dispositifs, notre université, il n’est pas seulement important de fixer  des principes face aux appels futurs, mais aussi de réfléchir à la manière dont devront être gérés les projets obtenus et déjà lancés.

Sur le volet recherche et recherche/formation, la prochaine équipe de direction devra composer avec les Instituts (Instituts de convergences et instituts en cours de labellisations par l’université). Leur contenu, élaboré souvent sans concertation réelle avec l’ensemble des équipes – et parfois même, pour telle ED ou tel laboratoire, avec des individus isolés –  repose sur des modes de gouvernance particulièrement opaques, rendant possibles toutes les dérives du nouveau management des universités, incluant la marginalisation de certains thèmes de recherche et l’inégalité entre les équipes (UMR, EA délabellisées), subordonnées aux « stratégies prioritaires » du site. Cet effet destructurant, renforçant les logiques individuelles jusque dans les critères mis en place pour les évaluations de carrière ou l’obtention de primes et de congés, au détriment des structures collectives, ne peut que se renforcer avec l’actuel appel S.F.R.I. du PIA (Structuration de la formation par la recherche dans les initiatives d'excellence) réservé aux sites labellisés « d’excellence » (réifiant la hiérarchie de l’ESR entre sites labellisés et sites non labellisés, devant répondre à des vagues différentes), qui vise exclusivement à renforcer la restructuration transversale des sites, au travers des Instituts notamment.

Sur le volet formation en Licence, Dream U, actuellement lancé dans deux composantes, pose notamment la question de la place de l’hybridation, de l’innovation pédagogiques et de l’évaluation par compétence dans nos maquettes et nos pratiques, ou encore du formatage des enseignements au prisme de cellules pédagogiques centralisées. Le projet soulève aussi des questions statutaires et humaines, comme celle du recours à l’emploi contractuel, puisqu’il fait reposer la réussite des étudiants sur des emplois non titulaires ou encore sur les heures complémentaires des enseignants et enseignants-chercheurs, n’envisageant en aucun cas l’accroissement des recrutements de titulaires comme un moyen valable pour encadrer la réussite des étudiants. Fondé de manière aberrante, à l’heure actuelle, sur des remontées de projets individuels auprès des gouvernances, au détriment des logiques d’équipes pédagogiques et de département de formation, il est aussi le fer de lance d’individualisation de l’engagement pédagogique par le lien opéré entre le « label Hybride qualité » et les critères d’évaluation de carrières, de primes, de congés.

La mise en œuvre de ce projet, comme de tous les volets recherche des appels, pose enfin la question cruciale de l’impact de la « culture d’établissement », ou encore de « l’identité de site ». Actuellement, des composantes isolées sont pilotes du projet, comme si le but ultime de DREAM U n’était pas la reconfiguration entière de notre offre de formation à l’échelle de l’université, tout particulièrement par la restructuration transversale des axes de formation stratégiques (voir analyse ci-jointe de Dream U et les sept « GIFTS »). Chacun de nous est alors convié à apporter une pierre à l’édifice, en contribuant par des propositions dont nous n’avons aucune idée – outre la débauche d’énergie qu’elle nous coûtera en nous y engouffrant – de la place qu’elle aura dans l’édifice futur.

Ce dernier point se retrouve, associé à la recherche, dans la logique des Instituts et de leurs formations d’excellence et pose de manière insidieuse et décisive le risque de marginalisation de personnels et d’équipes au sein d’une logique de site. Dans cette logique managériale qui ne pense pas le maillage de l’ESR selon les besoins de la transmission des savoirs ni selon la capacité d’équipes de toutes tailles à produire, sur l’ensemble du territoire, des savoirs de qualité, mais estime que seule la spécialisation mondialement visible de sites engagés dans une concurrence effrénée peut être synonyme d’excellence, rappelons que le statut même d’enseignant-chercheur, fondé sur la richesse d’une production croisée de savoirs et de transmission des savoirs, est menacé, au profit d’une spécialisation dans la recherche, la pédagogie, ou le management.

 

Documents d’accompagnement :

  • Focus sur DREAM U : analyse des risques de dérives
  • Conditions du métier d’enseignant-chercheurs : impact du management actuel de l’ESR (marginalisation des recrutements titulaires, appels à projets permanents, politiques de sites)